Il y a des symboles qu'on choisit, et il y en a d'autres qui nous choisissent.
Le papillon, dans mon travail, fait partie de la deuxième catégorie. Il n'est pas arrivé sur mes toiles par calcul ou par mode. Il est arrivé pendant une période où je n'avais plus grand-chose à quoi me raccrocher — après une rupture qui a tout fait basculer, dans ces mois où on ne reconnaît plus tout à fait sa propre vie.
On dit souvent que le papillon symbolise la transformation. C'est vrai, mais c'est aussi un peu réducteur, dit comme ça. Ce que j'ai compris, en le peignant encore et encore, c'est que la transformation n'est jamais un moment. C'est un processus lent, souvent invisible, qui se passe dans le noir avant même qu'on sache qu'il est en train de se produire. La chenille ne sait pas qu'elle deviendra autre chose. Elle traverse simplement ce qu'elle a à traverser.
C'est ce que cette période sombre m'a appris. On ne renaît pas d'un coup. On se défait, on se recompose, doucement, souvent sans le voir venir.
Et puis il y a cette phrase qui m'habite depuis : le papillon ne se demande pas s'il est beau, il est tout simplement beau.
Je pense que c'est ça, au fond, que je cherche à peindre. Pas la beauté qu'on performe ou qu'on prouve, mais celle qui existe simplement parce qu'on a survécu à quelque chose et qu'on continue d'avancer. Une beauté qui ne demande la permission à personne.
Alors quand tu vois un papillon revenir dans mes toiles — parfois clairement dessiné, parfois juste suggéré dans un mouvement, une couleur qui s'envole — sache que ce n'est jamais décoratif. C'est une trace de ce passage. Un rappel que ce qui semble se briser peut aussi être en train de devenir.
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